Interview de Vincent Buyl, chef cuisinier malvoyant

Dans la cadre de notre 5ème numéro du magazine Eclairages, nous avons rencontré Vincent Buyl, un chef cuisinier malvoyant, qui a fait de sa passion un métier.

Dans cette vidéo, il aborde différents thèmes.

Retranscription de la vidéo

Je m'appelle Vincent Buyl,57 ans je suis cuisinier. Je suis marié. J'ai une fille, et j’exerce mon métier depuis 1981.
J'ai commencé à travailler au Grand-Duché du Luxembourg, pendant 13 ans. Ensuite je suis parti en France, principalement dans le sud et je suis revenu à Bruxelles il y a une petite vingtaine d'années et je travaille dans le même établissement depuis 2001.
Au début j'ai commencé comme commis, puis comme second, et maintenant je suis chef de cuisine.

Question : être chef cuisinier, c'est...

L'élaboration des menus, la préparation des plats, la finalisation des recettes, l'envoi des préparations.
Et gérer la cuisine niveau entretien, hygiène...
Mais évidemment la finalité dans un restaurant, l'important, c'est ce que les gens ont dans l'assiette. Et voilà ça c'est le rôle du chef de cuisine.

Question : d'où vient cette passion pour la cuisine ?

J'ai toujours eu envie d'être cuisinier. En fait la vérité, même petit, je me suis toujours intéressé à la cuisine parce que dans ma famille mes parents sont des gens qui ont toujours cuisiné. Ils avaient envie de manger une pizza, ils la faisaient eux-même. Ils avaient envie de tarte, ils faisaient de la tarte. Donc évidemment une base comme ça, ça donne envie de faire des choses.

Question : quelles sont les difficultés que vous rencontrez au travail ?

Au niveau de mon handicap, tous les gens qui travaillent avec moi, les collaborateurs sont tous au courant de mon handicap et font fort attention parce qu'évidemment, dans une cuisine on manipule des couteaux, on manipule les casseroles chaudes, des poêles chaudes,
des friteuses...
Donc, comme mon handicap du côté droit est très fort, tout le monde le sait. Donc tout le monde est obligé de faire un peu attention.
Quand je suis aux fourneaux que je cuits une viande, quand je me retourne pour dresser sur assiette la personne qui est à côté de moi est à gauche, où ça va mieux. A gauche, ça va mieux qu'à droite. A droite, je ne vois pas. Je lui dis souvent "quand tu viens à droite, dis le moi".

Question : un exemple concret d'une difficulté quotidienne ?

Quand je reçois un bon de livraison par exemple le boucher qui va m'apporter sa viande, il va me donner la facture, je n'arrive pas à lire.
Ca se sont mes grandes difficultés. Alors j'ai une loupe électronique portable que j'ai eu grâce à l'ONA mais je l'emploie pas trop au travail, enfin si, le plus possible, mais avec les vapeurs de graisses etc. C'est une cuisine. Donc j'essaie de m'adapter. J'ai une petite loupe,
un petit machin que je regarde. On se débrouille, on s'adapte, on fait ce qu'il faut.

Question : que vous apporte votre travail ?

Beaucoup de satisfaction quand je vois un client qui a terminé de manger, et que je vois une assiette vide.

Question : qu'auriez-vous envie de dire à un jeune déficient visuel qui se lance sur le marché de l'emploi ?

J'ai envie de lui dire qu'il ne faut surtout pas s'arrêter à son handicap.
Ce qu'il faut dire, surtout, c'est au patronat. Il faut leur dire que c'est pas parce que la la personne est handicapée qu'elle ne peut pas travailler.
Au contraire une personne handicapée est beaucoup plus attentive qu'une personne normale. Une personne normale qui voit etc.
Une personne handicapée est obligée de faire beaucoup d'efforts au niveau de la concentration, donc sans beaucoup plus attentive à ce
que ce qu'elle fait même si elle le fait un tout petit peu moins vite qu'une personne normale.
Moi je trouve qu'il faut encourager le patronat a engages des personnes handicapées.
Et puis, le handicap n'est pas une fin en soi, la vie est là. Ce n'est pas parce qu'une personne est handicapée qu'il faut la mettre au rebut de la société.

Question : comment avez-vous connu l'ONA ?

En fait c'est une coïncidence pur et simple parce que mon épouse est partie chez une assistante sociale et elle a parlé de moi.
Et l’assistante sociale a dit : "Mais pourquoi est-ce que votre mari ne contacte pas l'Œuvre Nationale des Aveugles"
Et donc sur son conseil, j'ai cherché, j'ai téléphoné et je suis tombé sur Emilie Servais, assistante sociale à l'ONA.
Elle m'a demandé pourquoi je n'étais pas venu plus tôt : "vous vous rendez pas compte, avec votre vue, comment vous faites ?"
Donc c'est une coïncidence.

Question : quels étaient vos premiers besoins ?

En fait, je n'avais pas de demandes. je ne connaissais pas du tout. Donc, d'abord, on a prit rendez-vous pour se rencontrer et elle m'a expliquée
: il y a plein de choses qui peuvent vous aider au niveau des technologies, des loupes, des tv-loupes... Il y a moyen de trouver des choses pour vous aider dans la vie.

Moi par exemple mon grand handicap c'est quand je dois lire un texte, je n'arrive pas. Je dois me mettre comme ça, me mettre tout près, prendre une petite loupe. Donc maintenant je prends ma loupe portable et ça va beaucoup mieux. Avant, quand je faisais mes factures, c'était avec ma petite loupe de bijoutier. Et quand je devais lire le numéro de compte sur un bulletin de versement pour le taper sur l'ordinateur, c'était hyper compliqué.

Question : un dernier mot sur le service social de l'ONA ?

Franchement, elles sont trop dévouées, elles s'occupent de tout.
Super !

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